Une histoire dans le Noir en 4 temps par Vincent

Une petite rue qui est à l’intérieur d’un Pain baguette. C’est ocre et on rencontre des bulles d’air habitées par qui ou quoi, on ne sait pas parce qu’il est au four et en même temps se fossilise.
Il y a une durée géante affichée sur écran géant ou codé dans les aliments dans l'emballage, sous les tables des bulles d’air.
La course au temps était étrange rien n'est stable ni continu. C’est un ensemble de chiffres qui rend confus, mais il faut avancer avant que la fossilisation soit trop forte.
On se sent comme dans un 24 heures chrono contre L’entropie, Mais il est impossible de suivre le temps, leur, la chronologie.
Je pense aux fossiles d’animaux et aux moustiques ambrés qui sont des flashforward de peur et d’angoisse.
C’est une poussière. Elle était infimement minuscule, presque invisible. Mais l’affaire, c’est que graduellement à sa traversée de la rue–pain puis de ses maisonnées–bulles, elle s’accumule à d’autres débris stickeux et grossit tranquillement au fur et à mesure.
Alors des fois, sa forme passe d'un petit point à une petite forme. Elle est très active mentalement et pense tellement au temps qui passe, c’est tellement de calcul sur le temps à partir des chiffres trouvés sous les tables et sur les aliments qu’elle a soudainement de nouveaux organes correspondant à ce qu’elle calcule.
Des fois elle a 32 chemises attachées sur elle qui lui poussent, ou huit chenillettes. Ses mouvements en sont affectés. Plus elle aime les chiffres et se transforme, plus elle a envie d’avoir des possessions qu’elle aime.
Elle se voit dans le futur/ou le passé dans chaque objet. Cette vision n’est pas claire mais développée graduellement.
Elle entend toujours la radio car au début du récit il se fait pousser 10 antennes vu qu’il a lu “ Ten cookies Inside“ Puis interprète “ dix en(in) ten “. Il perçoit alors une menace à son four puisque le pain qui l’accueille est à l’étape Broil pour la finition. Elle doit faire vite et tente partout les moyens de trouver des bulles d’air qui sont au plus haut du pain.
Elle doit passer la barrière de molle et c’est dur (paradoxalement) et gagnant en rapidité car elle suit un tracé de bicarbonate de soude mal mélangé. Elle parvient à se hisser vers le haut mais doit guetter le juste moment afin de s’échapper maintenant du four.
Toutes ses possessions aimées sont alors laissées derrière à son grand désarroi mais cet amour du monde lui est transféré en gage de double vue : vaincre le temps de cuisson l’amène à intuitionner mieux l’avenir. Sa vision malléable du temps lui fait se rendre compte que l’échappatoire est futile et que c’est seulement l’accompagnement de ses possessions dans leurs ruine programmée qui lui importe.
Elle vole ici et là, se gonfle de vitamine D et se prépare à séjourner dans le pain fossile, remis au four alors afin d’assurer sa dureté immortelle, et ainsi «traverser l’histoire prochaine».
Le pain–fossile, théâtre de sa vie, est finalement enterré avec des bijoux sur un terrain de fermier albertain.








Une histoire dans le Noir en 4 temps par Olivier

C’est une douce nuit d’été, des sons se font entendre au fond de la forêt, sur les rives.
Mais au bord du bateau de Paul, la Marinette, il n’y a aucun bruit excepté celui de son harmonica. La mer est calme, le smog est lourd.
Entre chaque chanson, Paul entend au loin les tribus qui célèbrent le début de la nouvelle saison.
Depuis la troisième guerre de 2052, il ne reste que certaines communautés éloignées et quelques survivants, comme Paul.
Malgré sa petite stature et son vieil âge, il en a en dedans.
Sa peau cicatrisée et plissée témoigne des années difficiles qu’il a dû endurer.
Ses yeux sont creux et vides, ce qui reste de son âme s’est jeté dans sa musique. Ça l'empêche de penser qu’il est affamé tout le temps.
Tout à coup, un gros Splash coupe sa dernière impro, d’un coup sec, Paul se ramasse par terre sur les vieilles planches de bois moisi.
En panique, il se relève et voit la dernière chose à laquelle il aurait pu s’attendre. Un géant Kraken le regarde droit dans les yeux. Ses multiples tentacules font pencher le Marinette à 45°. Le temps semble s’être arrêté.
Surprenamment, le monstre géant pousse l’harmonica vers le marin, qui est figé avec stupeur.
Après quelques secondes, il tend vers l’instrument, le rapproche tranquillement et l’accroche pour s’apprêter à jouer.
Le début de “ Footsteps “ de Pearl Jam se fait entendre. Le kraken se met à danser et repart au loin. Paul a maintenant réellement tout vu.







Une histoire dans le Noir en 4 temps par Yelahia

C’était tard le soir. La lune suivait la voiture.
Aujourd’hui était la meilleure journée de sa vie, mais Maël sait que demain les choses vont revenir à ce qu’elles sont d’habitude.
Son petit frère est dans son siège d’auto, endormi mais Maël ne peut pas s’endormir, elle ne peut pas fermer les yeux.
Elle met son doigt dans la main du bébé, et même endormi son frère serre sa main.

« Maman, demain, est-ce qu’on peut avoir des crêpes? »

Pas de réponse.
Elle avance sa tête pour être mieux entendue.

« Maman? »

Le volume de la musique monte.
Des larmes montent à ses yeux. C’mon, elle va pas être un bébé, ça c’est la job de son petit frère.
C’est correct, demain elle va lui donner la meilleure compote. Si ils sont chanceux, peut-être qu’il reste du yogourt.







Une histoire dans le Noir en 4 temps par Aude

Le long de la plage les arbres bruissent et on entend les allers et retours des vagues sur la grève. Il fait doux.
Au loin, les lumières de la ville…
La lune est cachée par d'épais nuages et on n’y voit goutte même si elle se découvre par moments et éclaire un paysage désolé d’herbes sèches. Un drapeau claque au vent...
Mais non, ce n’est pas un drapeau... le bruit du claquement se rapproche et une silhouette noire comme un corbeau immense survole la plage.
Une silhouette dont la cape claque au vent. Un genre de Superman patibulaire, vieux, portant l'habit noir et le nœud papillon.
Il vole au-dessus de l’eau, à l’horizontale, comme un corbillard lugubre en direction de la ville. Il s'engage au-dessus de la voie rapide, juste au moment où un camion dont le conducteur, malencontreusement assoupi, sort brusquement de sa voie et provoque un violent carambolage.
Fracas de tôle, projectiles fusant dans toutes les directions, l’explosion d’un moteur projette verticalement un long éclat de pare-brise, fauchant en plein cœur la silhouette noire... qui plonge en tournoyant et vient s’écraser dans un bruit mou sur la pile de véhicules accidentés.
Plus tard dans la nuit, les équipes de secours se déploient sur le site de l’accident et on voit un pompier découvrir, médusé, le cadavre du vampire.










Conception : Aude Chaumaz